Dialogue politique en Mauritanie : la responsabilité stratégique de la presse nationale
Dans le cadre du dialogue politique, la presse nationale a un rôle clé : informer avec rigueur, garantir le pluralisme et renforcer la confiance démocratique.

Dialogue politique : la presse nationale face à son moment de vérité
Le dialogue politique place la Mauritanie à un tournant décisif de sa trajectoire démocratique. Au-delà des acteurs politiques directement engagés, un autre protagoniste, souvent sous-estimé mais déterminant, se trouve au cœur de ce processus : la presse nationale.
Dans un contexte où les mots peuvent apaiser ou fracturer, informer ou manipuler, la presse ne peut se contenter d’un rôle de simple observatrice. Elle est appelée à assumer une responsabilité centrale, presque stratégique, tant son action influe directement sur la qualité du climat démocratique dans lequel ce dialogue est appelé à se dérouler.
Informer avec rigueur et équité constitue la première exigence. Un dialogue crédible ne peut prospérer que sur la base d’une information exacte, vérifiée et contextualisée. Donner la parole à l’ensemble des parties prenantes — pouvoir, opposition, société civile, acteurs sociaux — n’est pas un geste d’équilibrisme, mais un impératif démocratique. Une opinion publique nourrie de récits partiels ou orientés devient vulnérable à la méfiance et à la radicalisation.
Mais informer ne suffit pas. La presse doit aussi être un espace de pluralisme, non d’alignement. Ni relais de propagande, ni arène de règlements de comptes, elle doit résister aux pressions multiples, qu’elles émanent du pouvoir, des formations politiques ou des dynamiques souvent brutales des réseaux sociaux. Le pluralisme n’est pas une concession : c’est la condition même de la crédibilité.
Dans un dialogue politique, relayer des déclarations sans les éclairer revient à priver le citoyen de compréhension. La presse a donc un devoir pédagogique : expliquer les enjeux, décrypter les points de blocage, analyser les attentes réelles des acteurs et exposer les conséquences possibles des choix à venir. C’est ainsi qu’elle transforme une suite de communiqués en un processus intelligible, accessible et utile.
Dans un climat souvent chargé, la tentation du sensationnalisme est grande. Pourtant, la presse doit assumer un rôle d’apaisement. Prévenir la polarisation, refuser les procès d’intention, privilégier l’analyse aux affrontements verbaux : ces choix éditoriaux contribuent à préserver un espace de débat sain, condition indispensable à tout dialogue sincère.
La presse est aussi appelée à être la mémoire critique du processus. Suivre le dialogue dans la durée, rappeler les engagements pris, confronter les discours aux actes, documenter les avancées comme les échecs : cette vigilance empêche que le dialogue ne se réduise à un exercice symbolique sans lendemain.
Enfin, un dialogue politique ne peut rester confiné aux cercles décisionnels. La presse nationale doit porter la voix des citoyens, relayer leurs préoccupations réelles — justice sociale, gouvernance, libertés, unité nationale, équité — et faire en sorte que le débat public ne soit pas monopolisé par les seules élites.
En définitive, dans le dialogue voulu par le président Ghazouani, la presse nationale est appelée à être médiatrice, vigie et pédagogue. Ni juge, ni spectatrice passive, mais actrice responsable de la transparence, de la confiance publique et de la maturité démocratique. C’est à cette hauteur que se mesure, aujourd’hui, son moment de vérité.
Ahmed Ould Bettar



