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Débat parlementaire : quand la critique radicale refuse la complexité du réel

Critique radicale

La déclaration de Biram Dah Abeid devant l’Assemblée nationale aura marqué les esprits par sa fermeté et son ton sans concession. Elle soulève toutefois une question centrale pour le débat démocratique mauritanien : peut-on sérieusement évaluer l’action publique en niant toute forme de progrès et en évacuant les contraintes du réel?

L’exercice du contrôle parlementaire est légitime, nécessaire et salutaire. Mais encore faut-il qu’il repose sur une analyse rigoureuse, hiérarchisée et honnête des faits. Or, en rejetant en bloc l’ensemble du bilan gouvernemental, sans distinction sectorielle ni reconnaissance des avancées partielles, le discours tenu relève davantage d’une critique de principe que d’une lecture politique équilibrée.

La tentation du tout ou rien

Affirmer que « rien ne s’améliore » peut séduire une partie de l’opinion lassée par les lenteurs du changement. Mais cette posture du tout ou rien occulte une réalité plus nuancée : celle d’un État confronté à des défis structurels anciens, dans un environnement régional instable, et engagé dans une dynamique de réformes progressives plutôt que de ruptures spectaculaires.

Le gouvernement n’a jamais revendiqué l’achèvement des chantiers sociaux, économiques ou institutionnels. Il a, en revanche, assumé une méthode : stabilité politique, continuité de l’action publique, ciblage social et réformes graduelles. Cette approche peut être critiquée, mais elle ne peut être balayée d’un revers de main sans débat de fond.

La responsabilité du discours politique

Le refus systématique de reconnaître la moindre amélioration _ qu’il s’agisse de politiques sociales, de gouvernance économique ou de climat institutionnel _ pose un problème politique plus large. Il entretient une défiance permanente, nourrit le découragement collectif et donne l’illusion qu’un changement immédiat et radical serait possible sans coûts ni arbitrages.

La Mauritanie n’a pourtant rien à gagner d’une dramatisation constante de sa situation. Elle a davantage besoin d’un débat exigeant, fondé sur les faits, les chiffres et les choix politiques assumés.

Critiquer, mais proposer

L’une des limites majeures du discours entendu au Parlement réside dans l’absence d’alternatives clairement formulées. La critique, aussi virulente soit-elle, ne saurait tenir lieu de projet. Quel modèle économique alternatif ? Quels arbitrages budgétaires ? Quelle stratégie réaliste face aux contraintes nationales ? Autant de questions restées sans réponse.

Être dans l’opposition n’exonère pas de la responsabilité de proposer un horizon crédible. À défaut, le risque est grand de transformer l’espace parlementaire en tribune de dénonciation, au détriment de sa vocation première : l’élaboration collective de solutions.

Pour un débat à la hauteur des enjeux

La démocratie mauritanienne progresse lorsqu’elle conjugue pluralisme, stabilité et responsabilité. Elle recule lorsque le débat se fige dans des postures irréconciliables, où la nuance est perçue comme une faiblesse et la reconnaissance des avancées comme une compromission.

L’heure n’est ni à l’autosatisfaction ni à la négation systématique. Elle est à la lucidité, à l’exigence et à la construction patiente. C’est à cette condition que le débat parlementaire pourra réellement servir l’intérêt général.

Sidi Mohamed pour Rapide info

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