Coupe d’Afrique des Nations
Je reviens sur cette finale que l’on peut qualifier d’anthologique, même si certains ont voulu la classer hâtivement parmi les épisodes honteux. Qu’on le veuille ou non, la fête fut belle au Maroc. C’est tout un continent qui a vibré, et au bout du compte, c’est le football qui a gagné, le sport dans ce qu’il a de plus universel. Cette soirée n’a pas opposé des nations, elle a rassemblé des peuples, rappelant que le football africain n’est plus un simple spectacle mais une force vivante, émotionnelle et structurante.
Qu’on le veuille ou non, le football africain moderne a changé de visage. Il n’est plus périphérique, ni folklorique, ni secondaire. Il est devenu un véritable sujet de géostratégie et de géopolitique, ce qui explique l’engouement qu’il suscite, les tensions qu’il cristallise et les regards qu’il attire bien au-delà du terrain. La Coupe d’Afrique des Nations est désormais un espace de puissance symbolique, où se jouent autant des matchs que des récits, des images et des rapports de force.
Pendant longtemps, les joueurs africains ont porté un poids singulier. Ils représentaient leur pays tout en étant sommés d’incarner un continent entier, comme si l’excellence africaine devait toujours se justifier. Ce temps est révolu. Aujourd’hui, les sélections africaines sont composées de joueurs majeurs, décisifs dans les plus grands championnats mondiaux. Ils reviennent en sélection non par défaut, mais par choix, par fierté nationale, par responsabilité collective. La CAN n’est plus un rendez-vous marginal du football mondial. Elle est devenue centrale, observée, analysée, convoitée.
Comme dans toute grande finale, il y a eu de la tension, de l’engagement, des gestes de déstabilisation et des scènes parfois excessives. Parmi elles, cette séquence devenue virale où Achraf Hakimi jette les serviettes du gardien, pendant que d’autres tentent d’empêcher le gardien sénégalais d’y accéder. Ces gestes, relevant avant tout de la psychologie et de la ruse propres aux grandes compétitions, ont été interprétés de diverses manières, jusqu’à être présentés comme des pratiques de sorcellerie ou de grigris. Cette lecture, appliquée presque exclusivement à l’Afrique, participe d’une mise sous cage symbolique du football africain, où chaque geste est soupçonné et chaque image surchargée de fantasmes.
Lorsqu’une finale est électrique en Europe, on parle de passion et de rivalité. Lorsqu’elle l’est en Amérique latine, on évoque la ferveur populaire. Mais lorsqu’elle se joue en Afrique, le vocabulaire change et le regard se durcit. Désordre, débordement, immaturité. Ce double standard n’est ni nouveau ni anodin. Il révèle une difficulté persistante à accepter que l’Afrique puisse produire de l’intensité sans être disqualifiée, de la compétition sans être suspectée, de la victoire sans être relativisée.
Depuis des décennies, le continent africain est enfermé dans des récits fabriqués ailleurs. Hier, on parlait de maladies, de pauvreté et de conflits. Aujourd’hui encore, alors que l’Afrique organise, gagne et s’affirme, certains continuent de chercher la faille, l’image isolée, l’angle négatif. Comme si l’Afrique n’avait pas droit à la normalité du succès, ni à l’imperfection ordinaire de toute grande aventure humaine.
Pourtant, la réalité est simple. La fête fut belle. La victoire fut légitime. Le football africain a montré sa maturité, sa compétitivité et sa capacité à rassembler au-delà des frontières. Opposer artificiellement des nations comme le Sénégal et le Maroc n’a aucun sens. Ce sont des pays frères, porteurs d’une même ambition africaine, d’une même dignité, d’une même volonté de compter dans le monde.
Il est temps de l’affirmer sans complexe. L’Afrique n’a plus à se laisser enfermer dans l’image que d’autres veulent projeter sur elle. Elle n’a plus à s’excuser de vibrer, de gagner et de s’affirmer. Le football africain avance, s’assume et s’inscrit désormais dans une dynamique de puissance symbolique irréversible. La Coupe d’Afrique des Nations n’est pas un problème à expliquer. Elle est une réalité à reconnaître.
Mansour LY -le 22 janvier 2026


