Mauritanie : bilan gouvernemental 2025 et perspectives 2026, regards croisés
Le Premier ministre El Moctar Ould Djay présente le bilan 2025 et les perspectives 2026. Analyse, réactions de la majorité, de l’opposition, de la société civile et des citoyens
Bilan gouvernemental 2025 et perspectives 2026 : entre volontarisme officiel, attentes sociales et regards critiques
Par la rédaction
Un exercice institutionnel sous le regard du Parlement
Lors d’une séance publique de l’Assemblée nationale, présidée par M. Mohamed Bemba Meguett, le Premier ministre, M. El Moctar Ould Djay, a présenté le bilan de l’action gouvernementale pour l’année 2025 ainsi que les perspectives pour 2026. Un exercice attendu, tant par la majorité que par l’opposition, dans un contexte marqué par de fortes attentes sociales, des défis économiques persistants et un environnement régional instable.
Dans son exposé, le chef du gouvernement a qualifié le bilan de « globalement positif », estimant qu’il traduit la vision du Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, et la mise en œuvre progressive des programmes Taahoudaty et Mon ambition pour la patrie. Ces orientations, a-t-il souligné, visent à transformer structurellement le pays autour de cinq piliers : l’État de droit, une économie résiliente et durable, le capital humain, l’unité nationale et la sécurité, ainsi que le rayonnement régional et international.
La majorité présidentielle salue une trajectoire « cohérente et responsable »
Du côté du parti El Insaf, formation au pouvoir, le ton est résolument laudatif. Pour l’un de ses cadres parlementaires, « le gouvernement a réussi à maintenir la stabilité macroéconomique tout en lançant des réformes sociales d’envergure, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la protection sociale ».
La majorité met en avant plusieurs indicateurs : l’extension des programmes de transferts sociaux, l’augmentation des investissements publics dans les infrastructures de base, ainsi que les efforts consentis pour moderniser l’administration et renforcer la transparence. « Ce bilan prouve que la Mauritanie avance, sans populisme, mais avec méthode », affirme un député de la majorité.
Une opposition partagée entre reconnaissance et critiques structurelles
Les partis de l’opposition, eux, adoptent une lecture plus nuancée. Certains reconnaissent des avancées ponctuelles, notamment en matière de stabilité institutionnelle et de diplomatie. « Il serait injuste de nier les efforts faits pour préserver la sécurité du pays dans un contexte sahélien explosif », concède un responsable de l’opposition modérée.
Mais les critiques demeurent vives sur le terrain socio-économique. « La croissance annoncée ne se ressent pas dans le panier de la ménagère », déplore une figure de l’opposition radicale, pointant le chômage des jeunes, la cherté de la vie et les inégalités territoriales. Pour ces partis, le bilan reste « plus administratif que social ».
La société civile appelle à plus d’inclusion et de redevabilité
Les organisations de la société civile saluent l’ouverture relative du dialogue avec les autorités, tout en appelant à davantage de redevabilité. « Les réformes existent sur le papier, mais leur impact concret reste inégal selon les régions et les catégories sociales », analyse une responsable associative engagée dans la défense des droits sociaux.
Plusieurs ONG insistent sur la nécessité de renforcer la participation citoyenne, notamment celle des femmes et des jeunes, dans l’élaboration et le suivi des politiques publiques.
Le regard des partenaires internationaux : stabilité et prudence
Les partenaires techniques et financiers de la Mauritanie portent un regard globalement positif sur le bilan présenté. Un diplomate occidental souligne « les progrès notables en matière de gouvernance économique et de gestion des finances publiques », tout en appelant à « poursuivre les réformes structurelles, notamment dans le climat des affaires et la lutte contre la pauvreté ».
Les institutions financières internationales, pour leur part, encouragent la poursuite d’une politique budgétaire prudente, conjuguée à des investissements ciblés dans le capital humain.
L’analyse d’un expert : entre continuité et limites
Pour le journaliste et expert en politiques publiques Abdoulaziz Deme, le bilan 2025 s’inscrit « dans une logique de continuité maîtrisée ». « Le gouvernement a privilégié la stabilité et la consolidation, ce qui est compréhensible, mais la question centrale reste celle de la transformation structurelle de l’économie », explique-t-il.
Selon lui, les perspectives 2026 seront déterminantes : « Si les réformes annoncées ne se traduisent pas rapidement par des emplois décents et une amélioration du pouvoir d’achat, le fossé entre discours et perceptions risque de s’élargir ».
La voix des citoyens : entre espoir et scepticisme
Dans les rues de Nouakchott comme à l’intérieur du pays, les avis divergent. Aïcha, commerçante, reconnaît « une amélioration de l’accès à certains services sociaux », mais regrette « la hausse continue des prix ». De son côté, Mohamed, chauffeur de taxi, se dit « peu convaincu » : « On parle de bilans, mais notre quotidien reste difficile ».
Jeunes et femmes : attentes fortes pour 2026
Chez les jeunes diplômés, le discours officiel suscite autant d’espoir que d’impatience. « On attend des opportunités réelles, pas seulement des promesses », confie Mariem, titulaire d’un master en économie.
Les femmes, quant à elles, saluent les efforts en matière d’autonomisation, tout en appelant à des mesures plus audacieuses. « Il faut passer de l’intention à l’impact, surtout dans les zones rurales », insiste une entrepreneure.
L’éclairage universitaire : un moment de vérité politique
Pour le politologue et universitaire Dr. Sidi Ould Y, la présentation du bilan gouvernemental constitue « un moment clé de pédagogie politique ». « Elle permet de mesurer l’écart entre les objectifs affichés et les résultats perçus par la population », analyse-t-il, estimant que « l’année 2026 sera un test de crédibilité pour l’exécutif ».
Entre ambition, déclaration politique et exigence
Présentée devant l’Assemblée nationale en 2025 puis reconduite dans ses grandes lignes en 2026, la Déclaration de politique générale (DPG) du gouvernement Ould Djay s’inscrit dans une volonté affichée de conduire la Mauritanie vers un équilibre délicat entre croissance économique, justice sociale et stabilité politique.
Ambitieuse sur le papier, cette feuille de route entend répondre à la fois aux impératifs de développement, aux attentes sociales pressantes et aux exigences de sécurité et de cohésion nationale. Toutefois, entre les annonces officielles et la réalité vécue par une large frange de la population, le fossé demeure perceptible, nourrissant interrogations, espoirs prudents et critiques persistantes.
Entre ambition et exigence
Au final, le bilan 2025 et les perspectives 2026 dessinent une Mauritanie engagée sur une trajectoire de réformes graduelles, mais confrontée à des défis profonds. Si le discours officiel met en avant la cohérence et la vision, les acteurs politiques, sociaux et citoyens rappellent, eux, l’urgence de résultats tangibles. Entre ambition affichée et exigence populaire, l’année en cours s’annonce décisive.
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Rédaction Rapide info


