Devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre présente la feuille de route gouvernementale pour 2026
Devant les députés, le Premier ministre El Moctar Ould Djay a présenté le bilan 2025 et les priorités du gouvernement mauritanien pour 2026, axées sur la gouvernance, l’économie et les infrastructures.
Déclaration de politique générale du Gouvernement pour l’année 2026 : ambitions, priorités et
chantiers structurants
Nouakchott – Dans un hémicycle attentif, le Premier ministre, El Moctar Ould Djay, a livré ce mercredi un exposé dense et structurant sur le bilan de l’action gouvernementale en 2025 et les priorités stratégiques pour l’année 2026, lors d’une séance publique de l’Assemblée nationale présidée par Mohamed Bemba Meguett.
Face aux députés, entouré des membres du gouvernement, le chef de l’Exécutif a défendu un bilan qu’il qualifie d’« exceptionnel », tout en esquissant les contours d’une année 2026 placée sous le signe de la consolidation institutionnelle, de la transformation économique et de la justice sociale, dans la continuité des orientations fixées par le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à travers les programmes Taahoudaty et Mon ambition pour la patrie.
Une gouvernance sous le prisme de la responsabilité et de l’évaluation
Dès l’entame de son intervention, le Premier ministre a insisté sur la méthode : un programme gouvernemental conçu pour être mesurable, traçable et évaluable, tant par la représentation nationale que par les citoyens. Une approche qui, selon lui, vise à rompre avec toute opacité et à renforcer la redevabilité de l’action publique.
« La boussole de l’action gouvernementale demeure les cinq piliers de la vision présidentielle », a-t-il rappelé, en référence à l’État de droit, à l’économie résiliente, au capital humain, à l’unité nationale et à la sécurité.
État de droit, justice et lutte contre la corruption
Sur le plan institutionnel, le gouvernement entend accélérer la modernisation de la justice, avec le recrutement annoncé de 40 magistrats, 60 greffiers et, fait inédit, la création d’un service de traduction judiciaire en langues nationales, destiné à garantir l’égalité d’accès à la justice.
La réforme administrative et la lutte contre la corruption figurent également au cœur de l’agenda 2026, avec l’opérationnalisation de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption, l’application de la loi sur la déclaration de patrimoine et la généralisation de la numérisation des procédures publiques via la plateforme Khidmati.
Une économie orientée vers la croissance et l’emploi
Sur le front économique, l’objectif affiché est clair : maintenir une croissance soutenue, estimée à 5,6 % sur la période 2026–2027, tout en préservant les grands équilibres macroéconomiques. Le budget 2026, en hausse de plus de 10 %, prévoit une augmentation significative de l’investissement public (+15,6 %) et le financement des 3 000 recrutements annoncés, principalement dans l’éducation, la santé, la sécurité et l’administration.
Le Premier ministre a souligné que toute nouvelle marge budgétaire serait prioritairement affectée aux salaires, à l’emploi des jeunes, au soutien aux couches vulnérables ou aux infrastructures structurantes.
Infrastructures : routes, énergie, eau et télécoms au cœur du programme
L’année 2026 sera marquée par un programme d’infrastructures d’envergure : près de 2 000 km de routes concernés, des projets portuaires majeurs à Nouadhibou et Nouakchott, l’introduction de la 5G, la mise en service du cloud gouvernemental, ainsi qu’un effort massif dans le secteur de l’électricité, avec l’électrification de plus de 400 villages.
Dans le domaine de l’eau, le gouvernement promet une solution durable au déficit hydrique de Nouakchott grâce au projet d’Idini, tout en lançant de nouveaux barrages, forages et projets de dessalement.
Souveraineté alimentaire et valorisation des secteurs productifs
Enfin, l’agriculture, l’élevage et la pêche occupent une place stratégique dans la vision gouvernementale. L’ambition affichée : atteindre la souveraineté alimentaire, développer une industrie agroalimentaire nationale et mieux valoriser les ressources halieutiques, tout en garantissant leur durabilité.
Pêche continentale, mines et industrie : une diversification assumée de l’économie
Au-delà des secteurs traditionnels, le Premier ministre a mis l’accent sur une diversification plus poussée de l’appareil productif, en particulier dans les domaines de la pêche continentale, des mines, de l’industrie et de l’énergie, considérés comme des leviers structurants pour l’emploi, la création de valeur et l’entrée de devises.
Dans ce cadre, les efforts de développement de la pêche continentale se poursuivront, avec un accent particulier mis sur l’encouragement de la consommation de poissons d’eau douce. Symbole fort de cette orientation, la pose de la première pierre du grand projet d’aquaculture en eaux douces dans la moughataa de Rosso est prévue en 2026, marquant une étape décisive vers la diversification halieutique et la souveraineté alimentaire.
Mines : montée en puissance de la SNIM et ouverture de nouveaux horizons
Le gouvernement entend parallèlement accélérer le développement du secteur minier, qualifié de pilier stratégique de l’économie nationale. L’objectif affiché est clair : porter la production de la SNIM à 15,5 millions de tonnes en 2026, après un niveau record de 14,7 millions de tonnes atteint en 2025.
Cette progression reposera notamment sur le démarrage de la production de la mine de F’Dérik au second semestre, ainsi que sur l’avancement des décisions d’investissement concernant les projets structurants d’El Aouj, Takamoul et Askaf, parallèlement à l’accélération de la mobilisation des financements nécessaires.
Dans le secteur aurifère, l’action gouvernementale s’annonce plus volontariste encore. Elle couvrira aussi bien la production industrielle que l’orpaillage artisanal, avec un accompagnement renforcé des investisseurs et des acteurs nationaux. Les priorités porteront sur l’augmentation de la production, l’amélioration des normes environnementales et sociales, et la mise en place d’un cadre réglementaire transparent pour l’accès aux couloirs miniers, via des appels d’offres ouverts.
Le mécanisme de commercialisation de l’or sera également révisé, avec la création de guichets multiples agréés, afin de mieux structurer la filière et lutter contre les circuits informels.
Phosphates, uranium et contenus locaux : cap sur 2026
L’année 2026 devrait marquer un tournant symbolique avec l’exportation des premières cargaisons de phosphate issues de la mine de Bofal. Dans le même temps, le gouvernement poursuivra l’accompagnement des projets liés à la production d’uranium, de clinker et de terres rares, tout en renforçant le suivi des engagements des entreprises titulaires de permis miniers.
Le Premier ministre a été catégorique : aucune tolérance ne sera accordée à la spéculation sur les ressources minières nationales, lesquelles devront impérativement servir le développement du pays.
Dans cette logique, la Commission nationale pour le contenu local entamera ses travaux dès 2026, afin de maximiser les retombées économiques et sociales des projets extractifs au profit des Mauritaniens.
Industrie, énergie et transformation locale
Sur le plan industriel, l’année 2026 verra l’aménagement de la zone industrielle située au sud-ouest de Nouakchott, avec la mise en place de toutes les infrastructures essentielles : routes, eau, électricité et connexion Internet.
Parallèlement, les études de faisabilité pour la création d’industries de l’acier, du fer à béton, des engrais et des produits pétrochimiques seront finalisées, en perspective de l’achèvement du pipeline reliant le champ gazier GTA Ahmeyim à N’Diago.
Le gouvernement compte également soutenir les industries de transformation substitutives aux importations, notamment dans l’agroalimentaire, afin de renforcer la valeur ajoutée locale.
Artisanat et énergie : socles du développement industriel
Enfin, dans le domaine de l’artisanat, le gouvernement ambitionne une véritable montée en gamme. La mise en service du Village de l’Artisanat à Nouakchott, la création de 150 ateliers, le lancement des activités de l’Agence nationale pour la promotion de l’artisanat et l’élaboration d’une encyclopédie nationale de l’artisanat figurent parmi les mesures phares.
Ces ambitions industrielles reposent sur un prérequis essentiel : une énergie abondante et compétitive. À cet effet, l’exécutif s’attachera à accélérer les phases de développement du champ gazier GTA Ahmeyim, à réviser les conditions de financement de sa première phase et à poursuivre la promotion des projets BirAllah et Banda-Tevet, dont la décision finale de développement est attendue en 2026.
Conclusion
La Déclaration de politique générale pour l’année 2026 s’inscrit dans une
dynamique de continuité et d’approfondissement des réformes engagées depuis 2019. Elle traduit une
ambition claire : consolider les acquis, accélérer la transformation économique, renforcer la justice
sociale et préserver la stabilité et la sécurité du pays, dans un contexte régional et international marqué
par de fortes incertitudes.
La Rédaction/Rapide info



