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Du Maghreb aux rives du fleuve : comment le venin de l’arabisation a plongé les peuples dans le déclin

Le serpent de l’arabisation politique n’est pas né en Mauritanie.
Il a d’abord rampé au Maghreb, là où des peuples anciens — amazighs, numides, sanhadja, zénètes — avaient produit des royaumes, des savoirs, des équilibres sociaux et des civilisations méditerranéennes et africaines fécondes.
Là où l’arabisation a d’abord frappé
Au Maghreb, l’arabisation n’a pas été une simple rencontre culturelle.
Elle s’est transformée, avec le temps, en entreprise d’effacement :
effacement des langues amazighes,
effacement des mémoires préislamiques et islamiques berbères,
effacement des structures politiques endogènes.
On a appris aux Berbères à se nier pour exister,
à se dire arabes pour être reconnus,
à considérer leur propre histoire comme honteuse ou secondaire.
C’est ainsi que des peuples ont été arrachés à eux-mêmes.

Des bâtisseurs de civilisations à des peuples dépossédés

Les Almoravides, les Almohades, les savants, les commerçants transsahariens, les architectes de villes et de routes n’étaient pas des peuples du néant.
Mais l’arabisation idéologique a opéré une relecture perverse :
les réussites ont été arabifiées,
les échecs ont été ethnicisés,
la pluralité a été écrasée par un récit unique.
Le Maghreb est entré dans un long cycle de déclin politique, de stérilité intellectuelle et de schizophrénie identitaire.
On parlait arabe, mais on ne pensait plus librement.
On se disait arabes, mais on ne produisait plus d’avenir.

Quand l’identité devient prison

L’arabisation politique n’a pas libéré le Maghreb :
elle l’a enfermé.
Elle a produit :
des États autoritaires obsédés par l’uniformité,
des élites coupées de leurs peuples,
des sociétés hantées par la pureté identitaire.
Les Berbères n’ont pas disparu,
ils ont été rendues invisibles,
et cette invisibilisation est une forme de mort lente.
La contamination mauritanienne
Ce modèle a ensuite été exporté vers le sud,

vers la Mauritanie postcoloniale,
comme une idéologie clé en main.

Un pays historiquement pluriel,
carrefour sahélien, africain et islamique,
a été forcé à se regarder dans un miroir qui n’était pas le sien.
On a reproduit le même schéma :
arabisation administrative brutale,
négation des langues africaines,
racialisation de la citoyenneté,
sacralisation d’une élite tribale.
Le venin qui avait affaibli le Maghreb
a été injecté dans un État encore fragile.
De l’imitation au naufrage
La Mauritanie n’a pas hérité de la grandeur du Maghreb arabiste,
elle en a hérité les ruines.
Elle a imité :
la négation des peuples,
la confiscation de l’histoire,
l’État identitaire autoritaire.
Mais dans un contexte plus précaire encore,
ce qui a produit non pas une nation,
mais un État en guerre contre lui-même.
Le même serpent, le même venin
Du Rif à l’Adrar,
de l’Atlas au fleuve Sénégal,
le serpent a utilisé la même méthode :
effacer pour dominer,
uniformiser pour régner,
diaboliser pour gouverner.
Partout où l’arabisation politique a remplacé la pluralité vivante,
elle a laissé derrière elle :
le déclin,
la peur,
la stérilité politique.

Apprendre du désastre

Le Maghreb est un avertissement.
La Mauritanie en est aujourd’hui le laboratoire extrême.
Tant que le venin ne sera pas reconnu comme tel,
les peuples continueront de s’accuser mutuellement,
pendant que le serpent prospère.
Il n’y aura ni renaissance maghrébine,
ni avenir mauritanien,
sans rupture claire avec cette idéologie mortifère.
Un peuple qui renie ses racines n’entre pas dans la lumière :
il marche à reculons vers les ténèbres.
Dia Daouda Moussa

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