Chronique : Président à 30 ans ?
Président à 30 ans ? Réformes constitutionnelles, jeunesse et maturité du pouvoir en Afrique
Alors que plusieurs pays africains réévaluent leurs cadres constitutionnels pour les adapter aux exigences de gouvernance moderne, la question de l’âge minimum pour accéder à la magistrature suprême suscite un débat passionné. Entre aspiration à un renouvellement générationnel et impératif d’expérience, l’hypothèse d’un Président élu à 30 ans divise profondément. Analyse.
Rapide info avec Africanus Owusu Ansah (Hot Issues)
« Ce ne sont pas les années de votre vie qui comptent, mais la vie dans vos années. » — Abraham Lincoln
Nous vivons sous l’actuelle Constitution (1992) depuis trente-quatre ans. Il s’agit de la première Constitution postcoloniale à avoir duré aussi longtemps, ayant vu se succéder cinq Présidents et six régimes, avec les changements politiques correspondants.
La révision constitutionnelle vise à combler les lacunes, améliorer la gouvernance, lutter contre la corruption et adapter le cadre institutionnel aux exigences contemporaines.
Le 20 décembre 2011, la Commission de révision constitutionnelle a présenté son rapport au professeur J. John Evans Atta Mills. Cette Commission était composée de : le professeur (émérite) Albert Kodzo Fiadjoe (président), Kumbun-Naa Yiri II, Naa Alhaji Idrissu Abubakari (chef de la zone traditionnelle de Kumbungu), Osabarima Kwesi Atta II, Omanhene de la zone traditionnelle d’Oguaa, M. Akenten Appiah-Menka, Mme Sabina Ofori-Boateng, le Très Révérend Professeur Samuel Kwasi Agyapong, le Dr Nicholas Amponsah, M. Gabriel Pwamang, Mme Jean Adukwai Mensa et le Dr Raymond Akongburo Atuguba.
Le public ghanéen n’a toutefois eu que peu d’échos de ce rapport de 48 pages de 2011, jusqu’à ce que le président Mahama mette en place, en 2025, une nouvelle Commission de révision constitutionnelle, présidée par le professeur Henry Kwasi Prempeh, laquelle a présenté, la semaine dernière, un rapport de 127 pages.
Les membres de cette Commission étaient : le Dr Rainer Akumperigya, la juge Sophia Adinyira, Charlotte Kesson-Smith Osei, le Dr Esi E. Ansah, le professeur Kwame Karikari, Alhaji Ibrahim Tanko Amidu et le Dr Godwin Dzokoto.
Pour les besoins de notre analyse, nous retenons trois recommandations majeures soumises par la Commission :
- l’extension des mandats présidentiel et parlementaire à cinq (5) ans ;
- la séparation du Parlement et du Cabinet ministériel ;
- la révision de l’âge minimum requis pour accéder à la présidence.
L’extension du mandat présidentiel
Commençons par la justification de l’extension du mandat présidentiel de quatre à cinq ans. À notre avis, il n’y a pas lieu de s’inquiéter d’un tel allongement.
L’argument avancé est qu’un mandat de cinq ans offrirait à la présidence le temps nécessaire pour gouverner efficacement, mener des projets de développement et permettre au Parlement d’adopter les lois adéquates pour encadrer l’action publique.
Lors d’un programme organisé par l’I.E.A. en 2022, l’ancien président Kufuor, qui a exercé deux mandats complets (2000–2008), regrettait la brièveté du mandat de quatre ans :
« Que peut faire un Président en quatre ans ? Il faut en moyenne au moins un an à un bon ministre pour comprendre le fonctionnement de la fonction publique, l’utiliser à des fins politiques légitimes, aller au Parlement pour faire adopter une loi, puis revenir avec la politique à mettre en œuvre. À ce stade, deux à trois années se sont écoulées. La quatrième année est celle des élections : tous les politiciens deviennent incontrôlables. »
En Afrique, le Ghana, à l’instar du Nigeria et de la Somalie, applique un système de deux mandats de quatre ans. Une année supplémentaire, selon nous, ne nuirait pas au pays.
Le Kenya, depuis la réforme constitutionnelle de 2010, applique deux mandats de cinq ans. Il en va de même pour l’Algérie, l’Angola, le Bénin, le Botswana, le Cap-Vert, le Tchad, les Comores, la Côte d’Ivoire, le Congo, la République démocratique du Congo, Djibouti (mandats illimités), l’Érythrée, la Gambie (mandats illimités), la Guinée-Bissau, Madagascar, le Malawi, la Mauritanie, le Mozambique, la Namibie, le Rwanda, le Sénégal, les Seychelles, la Sierra Leone, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Togo, la Tunisie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.
La plupart de ces pays ont dû modifier leurs Constitutions pour adopter des mandats de cinq ans.
Séparation du Parlement et du gouvernement
La deuxième question concerne la séparation entre les fonctions ministérielles et le Parlement. Ainsi, aucun député ne devrait être nommé ministre, vice-ministre ou ministre régional.
On peut légitimement se demander comment des députés qui sont également ministres parviennent à assumer efficacement la charge de travail aux deux niveaux dans le système hybride actuel, qui permet au Président de nommer une majorité de ministres issus du Parlement.
L’article 78(1) dispose :
« Les ministres d’État sont nommés par le Président avec l’approbation préalable du Parlement parmi les députés ou parmi des personnes qualifiées pour être élues députés, étant entendu que la majorité des ministres d’État doit être choisie parmi les membres du Parlement. »
Nous soutenons cette proposition d’amendement, car l’efficacité de l’action publique est mieux garantie lorsque la charge de travail reste raisonnable et clairement répartie.
L’âge minimum pour être Président
La troisième question concerne l’âge minimum requis pour accéder à la présidence. La Constitution de 1992 fixe cet âge à 40 ans. L’article 62 stipule :
« Nul ne peut être élu Président de la République du Ghana s’il n’est citoyen ghanéen de naissance et s’il n’a atteint l’âge de quarante ans… »
Certains estiment qu’il faudrait s’orienter davantage vers la jeunesse, compte tenu de la structure démographique du Ghana. Mais nous posons la question suivante : quelle expérience réelle un homme ou une femme de 30 ans apporterait-il à la tête de l’État ?
Nous pensions que 40 ans constituait un minimum raisonnable pour la fonction présidentielle. Imaginons qu’une personne devienne Président à 30 ans : après dix ans au pouvoir (si l’on considère un mandat de cinq ans), elle serait, à 40 ans, un ancien Président, bénéficiant d’indemnités et d’avantages à vie.
Le professeur Agyemang-Duah estime qu’« à 30 ans, nous ne disposons pas d’une maturité suffisante ». Il ajoute :
« Si la démocratie consistait simplement à donner aux gens ce qu’ils veulent, nous sombrerions dans le chaos. C’est pourquoi il est nécessaire que des personnes comme vous et moi apportent l’orientation et les conseils nécessaires. »
Dans le même esprit, Viscount Buer déclare :
« Il n’est absolument pas raisonnable qu’un jeune de 30 ans, débordant d’enthousiasme juvénile, soit Président de la République du Ghana. Il pourrait facilement devenir un pantin entre les mains de personnes plus âgées. Même 40 ans ne suffisent pas. L’âge idéal devrait être de 45 ans ou plus. »
Kwame Nkrumah, né en 1909 à Nkroful, avait 43 ans lorsqu’il devint Premier ministre de la Gold Coast en 1952. Il avait 47 ans lorsqu’il devint Premier ministre du Ghana indépendant en 1957, puis 51 ans lorsqu’il accéda à la présidence de la République en 1960.
Le lieutenant-général Akwasi Amankwa Afrifa, né en avril 1936, avait 33 ans lorsqu’il prit la tête du pays en avril 1969 comme président du Conseil national de libération, après la démission du lieutenant-général Joseph Arthur Ankrah.
De même, Jerry John Rawlings, né en juin 1947, n’avait que 32 ans lorsqu’il accéda au pouvoir en juin 1979 à la tête de l’AFRC.
Il convient toutefois de rappeler qu’Afrifa et Rawlings étaient des dirigeants militaires ayant suspendu les Constitutions en vigueur à la suite de coups d’État. Le parcours du capitaine Ibrahim Traoré peut servir de référence, mais il reste avant tout un militaire.
L’histoire d’autres pays montre également des périodes où de jeunes dirigeants ont accédé au pouvoir. Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron a été élu Président de la République française à l’âge de 39 ans, devenant le plus jeune Président de la France depuis Napoléon Ier.
Au Royaume-Uni, William Pitt le Jeune est devenu Premier ministre à seulement 24 ans, en 1783.
Nous rejoignons donc le professeur Agyemang-Duah lorsqu’il affirme que nous avons le devoir « d’orienter et d’encadrer » la jeunesse.
Rapide info source thechronicle.com.gh



