Dialogue national en Mauritanie : une nécessité historique pour refonder le contrat social
La Mauritanie se trouve à un tournant décisif de son histoire. Face aux inégalités persistantes, à la fragilité démocratique et aux fractures sociales, le dialogue national engagé par les autorités apparaît comme une nécessité vitale pour refonder le contrat social et engager des réformes durables.

Inégalités, gouvernance, citoyenneté : le dialogue national en Mauritanie s’impose comme une étape cruciale pour refonder le contrat social et l’État de droit.
La Mauritanie est un pays d’une grande beauté et celui de promesses immenses. Terre de désert et d’océan, carrefour de cultures, de langues et de mémoires, elle porte en elle un potentiel humain, économique et culturel rare dans notre sous-région. Pourtant, cette richesse est demeurée trop longtemps entravée par des fractures profondes qui fragilisent le lien national et freinent l’élan collectif. Depuis des décennies, notre pays traîne des problèmes d’inégalités sociales héritées de l’histoire, de diversité sociale, ethnique et linguistique encore non assumée, de démocratie fragile, trop souvent tronquée dans ses pratiques, de tribalisme persistant là où la citoyenneté devrait être la référence première, et de mauvaise gouvernance dont les conséquences sont visibles dans la vie quotidienne des citoyens. Ces réalités ne sont ni nouvelles ni ignorées ; elles ont été nommées, analysées , débattues et dénoncées à maintes reprises.
Face à ces défis, des tentatives de dialogue ont déjà eu lieu par le passé. Elles ont souvent suscité espoir et mobilisation, avant de se heurter à un obstacle majeur : l’absence de suites concrètes au niveau gouvernemental. Le dialogue demeurait alors un moment suspendu, sans traduction durable dans les politiques publiques ni dans les institutions. Les erreurs du passé ont trop longtemps nourri les doutes , les appréhensions et les réticences face à un dialogue sincère. Mais l’histoire ne peut et ne doit être perçue comme une fatalité : elle ne devient un obstacle que si nous renonçons, aujourd’hui, à la transformer par un choix politique courageux. C’est précisément dans ce contexte que le projet de dialogue national décidé par les autorités revêt une importance particulière.
Il intervient à un moment où la société mauritanienne exprime une attente forte de justice, de reconnaissance et de progrès.
Ce projet de dialogue est aujourd’hui porté par un engagement solennel du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui nous a affirmé sa détermination non seulement à l’organiser, mais aussi à mettre en œuvre ses résolutions. Cet engagement marque une rupture avec les expériences antérieures et confère à ce processus une responsabilité politique majeure. L’urgence du dialogue ne tient pas seulement à l’accumulation des problèmes, mais au fait que le statu quo n’est plus tenable. Une nation ne peut durablement se construire sur des inégalités ressenties comme injustes, sur des identités vécues dans la méfiance, sur une citoyenneté inachevée ni une mauvaise gouvernance. Le dialogue devient alors non pas un luxe, mais une nécessité vitale : celle de se parler pour se reconnaître, de se reconnaître pour réformer, et de réformer pour avancer.
S’il est sincère, inclusif et suivi d’effets concrets, ce dialogue peut devenir un moment fondateur. Il peut permettre de repenser le contrat social, de consolider l’État de droit, de valoriser toutes les composantes de la nation et de libérer les énergies créatrices dont la Mauritanie regorge. Car notre pays a tout pour devenir un véritable joyau de la sous-région : une position géographique stratégique, des ressources naturelles importantes, une jeunesse nombreuse et une culture d’une richesse exceptionnelle. Mais aucun potentiel ne se réalise sans courage politique ni sans réformes profondes. Le dialogue est précisément l’espace où ce courage peut s’exprimer collectivement. Il ne s’agit pas de regarder le passé pour s’y enfermer, mais de le comprendre afin de mieux dessiner l’avenir. La Mauritanie est à un carrefour de son histoire. Le temps n’est plus à la parole sans lendemain, mais à la parole qui engage.
Nana Mohamed Laghdaf
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