dialogue : une initiative présidentielle assumée

Il est important de rappeler que le dialogue national n’a pas été imposé au président Ghazouani, ni obtenu sous la pression de la rue ou de la communauté internationale. C’est une démarche qu’il a lui-même lancée, une demande venue du sommet de l’État.
Ce détail compte, car il engage le chef de l’État sur le plan politique :
– Il admet que la situation actuelle ne peut plus durer ;
– Il reconnaît que les méthodes habituelles de gouvernance ne suffisent plus à garantir la stabilité ;
– Il ouvre un espace politique qui échappe, au moins en partie, au contrôle du parti au pouvoir.
Le dialogue n’est donc pas juste un outil de communication. Il crée une attente dans tout le pays et expose le pouvoir à un jugement qui restera dans l’histoire.
La reconnaissance implicite de “deux Mauritanie”
En lançant ce dialogue, Ghazouani reconnaît un fait longtemps ignoré ou minimisé :
Il existe deux Mauritanie qui vivent côte à côte sans vraiment se rencontrer.
– D’un côté, une Mauritanie institutionnelle, dominante, héritière du pouvoir, des ressources et des récits officiels ;
– De l’autre, une Mauritanie marginalisée, souvent afro-mauritanienne, tenue à l’écart des décisions, fragilisée sur les plans social, culturel et symbolique.
Cette prise de conscience est loin d’être anodine. Elle montre que le problème mauritanien n’est pas seulement économique ou sécuritaire, mais aussi structurel, identitaire et politique.
Reconnaître cette dualité, c’est aussi reconnaître :
– L’échec du modèle d’unité nationale imposée ;
– L’incapacité de l’État à garantir l’égalité entre les citoyens ;
– Le besoin de repenser le contrat national.
Une ambition affichée : sortir du système du parti-État
Un des messages forts du président, c’est l’idée que le parti au pouvoir ne doit plus gagner les élections automatiquement.
Si cette promesse est sincère, c’est un vrai tournant pour la politique mauritanienne :
– Fin de la confusion entre l’État, l’administration et le parti ;
– Reconnaissance du pluralisme ;
– Acceptation du risque démocratique.
Mais cela pose une question essentielle :
Le système actuel permet-il vraiment une alternance ?
La démocratie ne se juge pas sur les intentions, mais sur :
– L’indépendance de la justice,
– La neutralité de l’administration,
– La liberté des médias,
– L’égalité d’accès aux ressources politiques.
Engagement réel ou simple discours ?
La question de la sincérité ne peut pas être évitée.
S’agit-il :
– D’un engagement politique réel, avec des conséquences concrètes ?
– Ou simplement d’un discours pour calmer les tensions ?
On ne jugera pas la sincérité sur les mots, mais sur :
– La composition des instances du dialogue ;
– L’inclusion des voix critiques ;
– La liberté d’expression garantie ;
– L’absence de sujets interdits.
Un dialogue sincère accepte la contradiction, même quand elle dérange le pouvoir.
La faisabilité politique : le rapport de force est-il favorable ?
Même si le président le veut, le pouvoir ne s’arrête pas à la présidence.
La vraie question est :
– Les cercles militaires,
– L’administration,
– Les élites économiques,
– Le parti-État,
Sont-ils prêts à accepter les conséquences d’un vrai dialogue ?
Sans un rapport de force favorable à la réforme, le dialogue risque :
– D’aboutir à des recommandations sans suite ;
– De perdre tout son sens ;
– De servir de simple caution démocratique, sans changement réel.
Engagement juridique ou simple obligation morale ?
Autre question clé :
Le dialogue engage-t-il l’État juridiquement ou seulement le président sur le plan moral ?
– Y aura-t-il des mécanismes contraignants ?
– Un calendrier précis ?
– Des garanties institutionnelles ?
– Un suivi indépendant ?
Sans engagement juridique :
– Les conclusions peuvent être ignorées ;
– Les promesses reportées ;
– La responsabilité diluée.
Un dialogue sans force contraignante reste symbolique.
Et si les promesses ne sont pas tenues ?
C’est sans doute la question la plus lourde de conséquences.
Si le dialogue échoue ou si les promesses ne sont pas tenues :
– La méfiance du peuple grandira ;
– Le fossé entre les deux Mauritanie se creusera encore ;
– La parole présidentielle perdra en crédibilité ;
– Les voix radicales gagneront du terrain.
Un échec du dialogue ne serait pas anodin :
Il compromettrait durablement toute tentative future de réconciliation nationale.
Conclusion : une prise de conscience à l’épreuve de l’histoire
Le dialogue national voulu par Ghazouani marque un moment de vérité.
Il peut être :
– Soit le début d’une vraie refondation démocratique ;
– Soit une occasion manquée de plus, avec des conséquences profondes.
Dans tous les cas, il engage le président, non seulement sur le plan politique, mais aussi devant l’histoire.La Mauritanie ne jugera pas les intentions, mais les actes…..Wetov
Sy Mamadou



