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Discours de Ghazouani : vision d’unité, réformes et défis pour la Mauritanie

À l’occasion du 65e anniversaire de l’Indépendance, le Président Ghazouani détaille réformes, gouvernance, unité nationale et lutte contre la pauvreté et la corruption.

Le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à l’occasion du 65e anniversaire de l’Indépendance, a livré un discours dense sur les réalisations de l’État, la gouvernance, la cohésion nationale et les défis à venir. Entre satisfaction de la majorité, critiques de l’opposition, analyses des médias et attentes populaires, ce discours ouvre une nouvelle phase politique pour la Mauritanie.

À l’occasion du 65e anniversaire de l’Indépendance, le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a livré un discours dense, mêlant bilans, ambitions et promesses renouvelées. À travers un récit étatique soigneusement articulé, il a défendu les réalisations des cinq dernières années : réformes structurelles, gouvernance publique, cohésion nationale, lutte contre la pauvreté et contre la corruption.
Un exercice qui, au-delà de la communication institutionnelle, a révélé les profondes attentes — et les divergences — d’une société mauritanienne en pleine mutation.


Un message présidentiel axé sur la continuité et la stabilité

Dans un ton posé et pragmatique, Ghazouani a mis en avant :

  • la consolidation de l’État social, notamment via l’extension de Tadamoun, les filets sociaux, l’assurance maladie pour les familles vulnérables ;
  • les réformes institutionnelles, dont la modernisation de la justice, les efforts de transparence budgétaire et la digitalisation des services publics ;
  • la gouvernance sécuritaire, insistant sur la stabilité régionale face aux menaces du Sahel ;
  • la promotion du dialogue national, présenté comme une voie incontournable vers une cohésion durable ;
  • une vision unitaire, reposant sur la fraternité, la lutte contre les discriminations, et un accès équitable aux opportunités économiques.

Pour le chef de l’État, la Mauritanie doit entrer dans « un cycle d’ambitions réalistes, d’un développement inclusif et de réformes irréversibles ».
Lire aussi : Les réformes institutionnelles en Mauritanie


Les regards croisés sur le discours

1. La majorité présidentielle : un discours « rassembleur et stratégique »

Pour les partis de la majorité, le discours est une confirmation de trajectoire.
Selon leurs responsables, des progrès concrets ont été obtenus :

  • apaisement politique depuis 2019 ;
  • investissements dans les infrastructures ;
  • montée des projets miniers et énergétiques, notamment le gaz ;
  • approche sociale sans précédent envers les groupes vulnérables.

Ils voient dans l’allocution présidentielle une volonté de poursuivre les chantiers déjà ouverts et de renforcer les réformes, notamment en matière de gouvernance et de justice.
Beaucoup soulignent également la constance de Ghazouani dans l’« État calme », en opposition aux cycles d’instabilité qu’ont connus certains voisins.

À relire : Analyse du climat politique en Mauritanie


2. L’opposition modérée : un discours positif, mais des attentes fortes

Les partis d’opposition modérés reconnaissent plusieurs avancées — surtout sur l’apaisement politique et les programmes sociaux — mais restent réservés.

Leurs critiques portent sur :

  • le rythme lent des réformes institutionnelles ;
  • le manque d’impact mesurable sur le chômage des jeunes ;
  • l’absence de calendrier clair pour certaines grandes promesses (réformes foncières, lutte contre les inégalités ethno-sociales).

Ils appellent à un dialogue national plus structuré, assorti de mécanismes contraignants et d’un suivi transparent.


3. L’opposition anti-système : « un discours de façade »

Pour les mouvements anti-système — souvent plus radicaux —, le discours ne change rien aux réalités profondes du pays.
Selon eux :

  • la lutte contre la pauvreté « reste cosmétique »,
  • la corruption persiste « dans les sphères invisibles »,
  • les fractures sociales et identitaires « demeurent intouchées »,
  • les politiques publiques « ne bénéficient qu’à une élite ».

Ils considèrent que les paroles présidentielles ne s’accompagnent pas de transformations structurelles réelles, et demandent une refonte totale du système politique, économique et social.


4. Les médias nationaux : entre satisfaction mesurée et prudence

La presse mauritanienne a accueilli le discours avec un mélange d’enthousiasme et d’analyse critique.

  • Les journaux proches des institutions saluent un discours « équilibré » et « responsable ».
  • Les médias indépendants pointent l’insuffisance de détails chiffrés et notent un décalage entre les réalisations décrites et le quotidien des citoyens.
  • Certains éditorialistes rappellent que la stabilité, bien que réelle, « ne doit pas devenir un objectif en soi au détriment des réformes profondes ».

5. Les médias internationaux : un président stable dans une région instable

Du côté des correspondants étrangers, le discours confirme la position de la Mauritanie comme l’un des pôles de stabilité du Sahel.
Ils soulignent :

  • la capacité du pays à éviter les crises internes ;
  • les efforts diplomatiques pour gérer les tensions régionales ;
  • le potentiel économique lié au gaz offshore Grand Tortue (GTA).

Mais les observateurs internationaux relèvent aussi les défis persistants : inégalités sociales, discrimination, lenteur administrative, dépendance aux matières premières.


6. Les intellectuels : un débat d’idées sur la profondeur des réformes

Dans les milieux universitaires et intellectuels, le discours nourrit une réflexion plus philosophique :

  • Certains y voient une vision cohérente, centrée sur la construction d’un État moderne.
  • D’autres dénoncent des annonces répétitives déjà entendues les années précédentes.
  • Plusieurs rappellent que la lutte contre les discriminations structurelles exige du courage politique et des actes symboliques forts, pas seulement des réformes administratives.

7. Les populations : entre confiance, attentes et scepticisme

Dans les quartiers populaires, les villages reculés ou les familles de la classe moyenne, les réactions sont variées.

    • Une partie de la population exprime une confiance sincère, citant l’amélioration de certains services sociaux.
    • D’autres réclament des résultats plus rapides :
      emploi des jeunes, prix des denrées, accès à la santé, justice sociale.
    • Dans certains milieux, notamment parmi les jeunes diplômés, un sentiment de frustration persistante demeure.

En savoir plus : Programmes sociaux et lutte contre la pauvreté


8. Le gouvernement : continuité, synthèse et discipline administrative

Les ministres ont relayé un discours d’alignement complet sur les orientations du chef de l’État.
Ils insistent sur :

  • la nécessité d’un État plus efficace,
  • la digitalisation comme levier de transparence,
  • la préparation de projets stratégiques pour les cinq prochaines années.

9. Les pays voisins : stabilité et coopération régionale saluées

Les États de la sous-région — Sénégal, Mali, Maroc, Algérie — voient dans le discours un signal positif :

  • coopération renforcée autour du gaz (avec le Sénégal) ;
  • coordination sécuritaire sur les frontières ;
  • diplomatie équilibrée dans une région troublée.

Plusieurs responsables saluent la modération diplomatique mauritanienne, devenue une signature politique sous Ghazouani. D’autres la qualifie de politique équilibriste.

Voir également : Coopération Mauritanie-Sénégal et enjeux sécuritaires


10. Les partenaires techniques et financiers : satisfaction mais vigilance

Les partenaires tels que la Banque mondiale, le FMI, l’UE ou l’Union Africaine apprécient :

  • la stabilité macroéconomique ;
  • l’ouverture au dialogue ;
  • les projets d’infrastructure ;
  • les programmes de lutte contre la pauvreté.

Mais ils réitèrent les défis structurels :

  • modernisation de l’administration ;
  • élargissement de la base fiscale ;
  • réforme de l’éducation ;
  • lutte contre la corruption à tous les niveaux.

Conclusion : un discours ambitieux, mais un pays en quête de preuves

À l’issue de son allocution du 65e anniversaire de l’Indépendance, le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a rappelé les lignes directrices d’un mandat axé sur la stabilité, l’inclusion, la modernisation et la justice sociale.

Mais la Mauritanie, comme souvent dans son histoire récente, se trouve à un carrefour délicat :
entre la satisfaction des progrès réalisés et l’impatience d’une société qui veut voir les promesses se matérialiser.

Le discours présidentiel ouvre une nouvelle séquence politique.
Reste à savoir si les réformes annoncées deviendront — enfin — des réalités tangibles pour tous les Mauritaniens.

Rédaction Rapide info

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