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Les Vacances de l’Oubli : Lettre d’un peuple aux absents du pouvoir

Dans une lettre poétique et mélancolique, le peuple interpelle le Président : "Nous ne voulons pas d’un gouvernement de riches avec un peuple pauvre." Entre mémoire et oubli, cet article est un cri doux venu du silence.

Les Vacances de l’Oubli
Alors que les élites s’apprêtent à quitter le pays pour leurs villégiatures estivales, un vent de lassitude et de colère murmure dans les quartiers oubliés de la Mauritanie. Dans une lettre empreinte de douleur et de poésie, le peuple interpelle le Président de la République : peut-on gouverner au nom de ceux que l’on ne fréquente plus, que l’on ne voit plus ? Entre mémoire et oubli, ce texte mêle plainte sociale et appel solennel à la justice.

« Monsieur le Président de la République,
nous ne voulons pas d’un gouvernement de riches avec un peuple pauvre.
À la fin des vacances de ‘l’intérieur’, ils iront tous en villégiature à l’étranger.
Agissez Monsieur le Président ! »
Sidi Sidi Bobba – Facebook

Ces mots, portés par la poussière rouge des routes rurales, par la plainte discrète des mères veillant sur des enfants amaigris, n’ont pas été lancés à la volée. Ils sont la rosée salée d’un peuple qui n’oublie pas, même si on cherche à l’oublier.

Car voici venu juillet, et avec lui, les promesses fondent comme les bitumes craquelés sous le soleil. Le gouvernement s’efface dans la lumière crue de l’été, ses ministres s’égaillent en silences climatisés, loin, là où la mer n’a pas d’algues et les piscines sentent le parfum européen. Ils appellent cela des vacances ; nous appelons cela l’absence.

Le théâtre des illusions

Pendant que les puissants referment les portes blindées des berlines, les autres restent — ici, dans la touffeur des marchés à ciel ouvert, dans les quartiers où l’eau devient plus rare que la paix. Le pain se fait plus mince, le riz plus poussiéreux. Et les écoles fermées ne rouvrent plus qu’aux souvenirs.

La « Mauritanie de l’intérieur« , celle que l’on célèbre dans les discours de campagne, devient un lointain mirage dès que les micros sont éteints. Pourtant, c’est elle qui murmure, dans les silences creusés par les décennies : « Nous sommes là. Nous n’avons pas disparu. Nous attendons encore. »

Mémoire et oubli

Monsieur le Président, avez-vous déjà entendu pleurer une mémoire ? Celle d’un père qui se souvient d’un État protecteur, aujourd’hui réduit à un guichet fermé. Celle d’une vieille femme qui, chaque été, regarde la route en espérant voir revenir un médecin, une aide, un signe.

Ils n’attendent plus des miracles. Ils réclament justice — pas celle des tribunaux, mais celle des consciences.

Vous le savez, nous vivons dans un pays où les promesses ont la mémoire courte et les douleurs longue haleine. L’oubli est une politique, et la mémoire un fardeau pour les pauvres.

Mais les peuples, eux, n’oublient pas. Ils enregistrent tout dans les marges du silence, dans les veines du vent et les cicatrices du sable.

 Une lettre en souffrance

Ce cri, Monsieur le Président, est une lettre en souffrance. Elle vous est adressée non pas en tant que figure d’État, mais en tant que gardien des âmes modestes. Elle ne demande ni discours ni commémorations. Elle réclame des gestes, du pain, des soins, du respect.

Car ce que nous refusons aujourd’hui, ce n’est pas la richesse. C’est la fracture. Ce gouffre qui fait qu’un enfant de Nouakchott prend l’avion pendant que celui de Bou Gadoum boit une eau pleine de fièvre. Ce gouffre qui permet au ministre de se reposer dans un hôtel suisse pendant que l’infirmier du Tagant prie pour une boîte de gants.

À quoi bon gouverner un peuple que l’on quitte chaque été ? À quoi bon parler de développement si l’on fuit ses propres citoyens à la première vague de chaleur ?

Dernier appel

Nous ne voulons pas d’un gouvernement de riches avec un peuple pauvre. Ce serait un paradoxe tragique, un affront à la dignité, un héritage honteux.

Monsieur le Président, ce n’est pas un pamphlet que vous lisez. C’est une supplique. Une supplique douce et grave, lancée depuis les marges de l’histoire, là où se tiennent encore ceux que la République regarde à peine.

Ne les oubliez pas. Ne nous oubliez pas.

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