100 000 familles pauvres vont bénéficier d’une assurance maladie.

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100 000 familles pauvres vont bénéficier d’une assurance maladie.

C’est un grand pas en avant. Un pas de géant. C’est le début de quelque chose. Il faut se réjouir de toutes les mesures qui sont faites dans le bon sens et il ne faut pas faire la fine bouche. Trop de critiques tue la critique. Tous les régimes, indépendamment de l’évaluation globale qu’on se fait de leur légitimité, font des bonnes actions et des actions moins bonnes.

Ceux qui critiquent et ceux qui évaluent doivent faire la part des choses, saluer ce qui est positif et l’encourager et critiquer de manière adéquate les mesures inutiles, douteuses, inefficaces ou dangereuses. Maintenant, cette initiative pose deux niveaux de questions :

Sur le plan budgétaire : Quelles sont les mesures d’accompagnement ? Est-ce qu’il y a une provision budgétaire pour permettre aux hôpitaux et aux centres de santé d’en tenir compte et pour qu’ils ne croulent pas immédiatement ? Est ce que le coût a été évalué et quantifié ? Comment le gouvernement compte-t-il le financer ? En termes de soutenabilité, est ce que l’Etat est capable de soutenir cette initiative à long terme ?

Sur le plan de l’identification des bénéficiaires :  Comment va avoir lieu la sélection des 100 000 bénéficiaires ? Si elle a déjà été effectuée, est ce qu’elle a permis de cibler les plus pauvres ?

Est ce que les critères d’identification sont pertinents et est-ce que des enquêtes de terrain ont été réalisées ? Le registre social qui sert à identifier les familles les plus pauvres a-t-il été actualisé et l’intégrité de cette base de données est-elle solide ? Quels sont les mécanismes de révision qui permettent de nettoyer le registre, de manière périodique, pour faire sortir ceux qui sont décédés ou ceux qui ne sont plus vraiment pauvres et faire entrer ceux qui sont tombés sous la ligne de la pauvreté ? Car, de ce travail technique extrêmement important découlera la pertinence des interventions et des filets sociaux et également la soutenabilite financière, sinon la base de données va avoir tendance à enfler artificiellement au-delà des populations cibles effectivement recensées.

Enfin, par rapport à une bonne communication politique, il aurait fallu réaliser l’initiative d’abord, attendre un an ou plus, pour voir son impact réel sur la vie des bénéficiaires ; communiquer sur les résultats par la suite, en organisant une grande messe au palais des congrès. Pas le contraire. La communication est utile pour mettre en valeur ce qui a été fait, pas ce qui va être fait et qui ne sera peut-être jamais fait. La comm’ ne peut tenir lieu de politique, surtout que les mauritaniens sont lassés et sevrés des poses de la première pierre, des promesses non tenues et des effets d’annonce rarement suivis d’effets, au point de devenir le symbole de l’inefficacité des politiques publiques.

Mohamed El Mounir